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LA RACE "TORO BRAVO"
MERITE T'ELLE
D'ETRE SAUVEGARDEE ?
(Par Robert Clavijo, Président du Colbac, membre de la FLAC)

Rappelons d'abord que le taureau de corrida (dit aussi "toro de lidia" ou "toro bravo") n'est pas une espèce à part. Comme le bœuf charolais ou la vache normande il appartient à l'espèce domestique dont le nom scientifique est bos taurus. L'homme est incapable de créer une espèce parce qu'il est incapable de créer des gènes. Il peut seulement favoriser la reproduction des gènes qui l'intéressent au détriment des gènes qui ne l'intéressent pas. Ainsi se sont progressivement constituées les diverses races d'animaux domestiques.

Au Moyen Age, en Espagne, pour les combats de l'arène, on prélevait des taureaux dans les troupeaux domestiques élevés pour le joug, la viande et le lait. Ces animaux n'avaient pas souvent les qualités athlétiques et la combativité requises pour les spectacles des arènes. Aussi quelques monastères d'abord puis des éleveurs nobles eurent l'idée de sélectionner des vaches et des taureaux pour obtenir des animaux mieux adaptés à la tauromachie. C'est ainsi qu'au fil des siècles ont été progressivement constituées, par sélection continue, des races de taureaux de combat. Les ganaderos (éleveurs), dès le Moyen Age, dans le choix des reproducteurs, ont sélectionné avant tout les animaux les plus agressifs. Rien de pire en effet dans une arène que le toro "manso" c’est à dire pacifique. Si l'animal refuse de charger, il ne peut y avoir ni combat ni spectacle.

Au fil des siècles les ganaderos ont réussi à produire des taureaux qui, au lieu de fuir dans l'arène, chargent systématiquement leurs tortionnaires à la moindre provocation. Le taureau de corrida est à l'espèce « bos taurus » ce que le pit-bull est à l'espèce canine.

A partir du début du 20ème siècle, à la demande des toreros, les ganaderos se sont efforcés de développer un 2ème caractère : soucieux de réduire le risque qu'ils encourent, les toreros veulent des taureaux suffisamment idiots pour charger le leurre, c'est-à-dire la cape ou la muleta qu'on agite devant eux au lieu de viser l'homme qui agite ce leurre. Les taureaux qui chargent répétitivement le leurre, voyant en lui leur ennemi, sans jamais s'en prendre au torero, sont dits "nobles". A l'inverse, un taureau qui, au bout de quelques passes, "s'avise", comprend que son ennemi c'est le torero et se désintéresse du leurre pour charger l'homme, un tel animal est dit "criminel", "assassin", "intoréable".

Chaque année les éleveurs organisent des "tientas", épreuves de sélection pour les génisses âgées d'environ un an. Un picador teste leur agressivité et un torero, à la cape et à la muleta, teste leur "noblesse". Les génisses recalées à cet examen sont envoyées à la boucherie. Le ganadero ne garde comme "vaches de ventre" (reproductrices) que les génisses les plus agressives face au picador et les plus sottes face au leurre. De génération en génération, le "toro de lidia" est ainsi devenu de plus en plus stupide.

En résumé le "toro bravo" se distingue des autres races bovines non par ses qualités mais seulement par 3 défauts :

1 - Une consanguinité croissante. Elle n'a pu que multiplier les tares. C'est
      probablement la raison profonde de la faiblesse physique, des génuflexions et
      des chutes si souvent déplorées par les amateurs de tauromachie.

2 - Au lieu d'esquiver, de se dérober, de fuir les coups comme le ferait tout autre animal,
     le taureau "brave", en chargeant continuellement jusqu'à l'épuisement complet de
     ses forces, s'offre lui-même au supplice, se jetant aveuglément sur les piques, les
     banderilles et les épées brandies devant lui. Son agressivité contre nature (puisque
     contraire à l'instinct d'auto-conservation), délibérément développée par les éleveurs,
     a fini par devenir suicidaire.

3 - Agitez une cape devant un taureau de course camarguaise: c'est vous et non
     le leurre que l'animal chargera. Ses ancêtres en effet ont été sélectionnés pour leur
     agilité et leur agressivité, pas pour leur sottise. La "race brave", elle, par sélection
     continue, est devenue idiote. Le "toro bravo" est un handicapé mental.

En conclusion : la race "brave" est le résultat triplement désastreux d'une sélection triplement perverse. Faut-il se battre pour la sauvegarder ?
 




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Sylvie et Michel
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