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Délit de tradition

Comment la tradition est-elle instrumentalisée
pour couvrir des actes de délinquance...
(Juliet Vles) 


 

Depuis toujours, fondamentalistes et machistes de toute trempe ont su prendre en otage la notion de « tradition » pour commettre des actes qui, sans cette couverture soi disant « culturelle », seraient perçus comme des crimes. Pendant des siècles des femmes et des enfants ont été tyrannisées, mutilées, violées et tuées sous prétexte de la « tradition ». Aujourd’hui que la justice, du moins dans les pays démocratiques, a enfin cessé de banaliser les crimes contre femmes et enfants, les intégristes s'en prennent aux seules victimes qu’ils peuvent encore maltraiter en toute impunité : les animaux.

En France, la corruption de la loi pénale au profit de la « tradition » est particulièrement notoire là où elle concerne la tauromachie.

A priori, l’article 521-1 du Code Pénal sanctionne tout acte de violence contre animaux, délit passible de deux ans de prison et de 30'000 € d’amende. Or, cette loi est purement et simplement annulée par un paragraphe aussi bizarre qu’arbitraire, l’alinéa 7, qui permet l’exercice des « courses des taureaux » là où une « tradition locale ininterrompue » peut être invoquée.

En français, cela veut dire que, dans certaines régions de France, les taurins ont le droit de commettre des délits si leurs parents et grands-parents étaient des délinquants, eux aussi. Rappelons tout de même que la corrida n’a jamais été légalement neutre. Dans le passé, elle était interdite par la loi Gramont et ne profitait même pas de la pseudo légitimité qu’on lui accorde aujourd’hui. Celui qui parle d’une tradition taurine parle donc, dans le sens littéral du mot, d’une tradition de délinquance. Accorder à une minorité locale le droit de commettre des actes pénaux en toute impunité en seule raison d’une « tradition locale » de délinquance dans leur région est manifestement paradoxal et, bien entendu, complètement illégal. Ecarter la loi pénale pour cause de « tradition » est une aberrance légale digne d’un pays intégriste, mais certainement pas d’un pays européen qui se veut Etat de droit.

L’illégitimité de cette ridicule « exception de loi »  se reflète également dans les textes légaux. La Constitution française, dans son premier article, garantit aux Français le droit de l’égalité devant la loi, et cela, explicitement, sans distinction d’origine. Dans la mesure où la « tradition locale » de la tauromachie n’existe qu’en fonction des origines ethniques et régionales de ceux qui la pratiquent, et en est inséparable, la « tradition », comme n’importe quelle autre notion propre à l’origine, ne peut en aucun cas justifier la dérogation du principe fondamental de l’égalité en droit.

L’application de l’alinéa 7 entraine en effet une double jurisprudence. Un citoyen français originaire de Paris n’a pas le droit de publiquement maltraiter un taureau et ses concitoyens parisiens peuvent, le cas échéant, porter plainte contre lui devant le Tribunal Correctionnel pour violence contre animaux. Vu le caractère particulièrement vicieux de la corrida, le coupable finirait sans aucun doute en prison.

Si, toutefois, ce même abruti est originaire de Nîmes, de Bayonne ou de Vic-Fézensac, il peut torturer ses victimes en toute impunité, sous prétexte que ses ancêtres ont déjà commis le même délit et qu’il existe, dans sa ville d’origine, une « tradition locale ininterrompue » de délinquance.

L’alinéa 7 constitue un acte de discrimination positive des taurins et dans un même temps, il entraîne la discrimination de l’ensemble de nos concitoyens « sudistes », à qui il refuse les moyens légaux de se défendre (et de défendre leurs enfants !) des actes de délinquance sur leur territoire.

Là encore, je ne parle pas simplement du fait de la maltraitance animale. Certes, pour ceux d’entre nous dotés d’une sensibilité normale, le seul fait d’être forcé de tolérer des spectacles de torture gratuite devant notre porte est ressenti comme harcèlement moral et cela, bien sûr, à juste titre. Or, au-delà de la solidarité avec les victimes bovines, la corrida est préjudiciable à nos régions pour de nombreuses raisons, pas directement liées à la protection animale.

 

1) La protection de l’enfance

Pour des raisons de protection de l’enfance, les chaînes publiques de la télévision française sont dans l’interdiction de diffuser la mise à mort et des scènes particulièrement cruelles de la corrida. Et même cette version « soft » doit être accompagnée d’un signe « déconseillé aux moins de dix ans ».

Il y a donc bel et bien consensus que la corrida peut nuire à la sensibilité enfantine.

Or, les enfants dans les régions cyniquement appelées « taurines » sont sans défense face à la délinquance taurine, et cela sur plusieurs niveaux :

  • - les enfants des parents taurins, forcés, souvent à un très jeune âge, d’accompagner leurs parents dans les arènes et d’assister à des spectacles de boucherie sanglante pour « devenir un vrai homme », « être initié à la tradition » etc.
  • - les enfants des parents non-taurins, exposés au prosélytisme très agressif des taurins, qui va jusqu’à dans les écoles, les clubs de sport etc.
  • - les écoles taurines, où les enfants de 12 ans apprennent à charcuter des veaux et sont systématiquement endoctrinés par une idéologie taurine à forte connotation fasciste (glorification de la loi du plus fort et de la violence, l’amalgame de l’amour et de la mort, mythologie païenne du sang et de la terre etc. etc.)
  • - les bébé-toréros, victimes des parents complètement irresponsables, qui se produisent dans les arènes à un très jeune âge et souvent dans des conditions de danger considérable pour l’enfant - sans parler, bien sûr, du préjudice moral porté à ses gosses par une « éducation » qui les pousse vers la violence

 

2) L’atteinte à la liberté d’expression

Les habitants de nos régions peuvent témoigner d’un véritable climat intégriste dans certaines villes prise en otage par les taurins : les journaux qui n’osent pas publier des articles anti-corrida (exemple type : la presse régionale gersoise) ; des émissions de télévision sciemment maquillées (exemple type : France 3 Midi-Pyrénées, Equidia) ; les SPA qui n’osent pas distribuer de la documentation anti-corrida par peur de se voir retirer leurs maigres subventions par des maires « aficionados » ; des propriétaires de boutiques et restaurants dans les villes taurines qui n’osent pas refuser de mettre des affiches pro-corrida dans leurs vitrines, même s’ils sont eux-mêmes opposés à ce spectacle ; l’interdiction officielle de l’affichage anti-corrida dans certaines villes « taurines », l’interdiction arbitraire des spots télévisés et cinématographiques contre la corrida etc. etc.

 

3) La discrimination économique

Le fait de forcer les habitants des régions « taurines » de financer, avec leurs impôts, des actes de délinquance qu’ils ne cautionnent point. Les spectacles tauromachiques étant hautement déficitaires, ils sont financés à grand partie avec des subventions régionales. Il s’agit des sommes considérables volées aux contribuables « sudistes », qui, une fois de plus, n’ont aucun moyen légal de s’en défendre.

 

4) La discrimination culturelle

Le fait de traîner dans la boue notre culture et nos traditions de par leur association à des actes de délinquance.

De plus en plus le mot « tradition », qui devrait être un élément fédérateur de notre société régionale, est associé, dans l’esprit de nos concitoyens, à la violence, l’intégrisme, l’obscurantisme et le refus de la modernité.

Ce qui est extrêmement préjudiciable à ces associations qui, dans un vrai souci de sauvegarde de notre patrimoine, essaient de sensibiliser la population régionale à la beauté de notre art, notre langue, notre architecture, notre musique et tout autre capital traditionnel dont nos régions sont si riches.

Qui plus est, les subventions destinées à la culture, dont ces associations devraient profiter, leur sont souvent retirées au profit de la corrida, ce qui fait que ceux qui défendent notre héritage culturel sont doublement discriminés par l’existence de la tauromachie.

 

5) L’atteinte à la réputation de nos régions

Plus qu’on entend parler de la corrida, plus les « sudistes » sont traités de « barbares », pas seulement par les Français du Nord, mais aussi à l’étranger.

Et cela malgré le fait que la plupart d’entre nous aiment les animaux et les traitent avec respect. Toutes nos régions sont prises en otage par une minorité violente et fondamentaliste, qui, en réalité, ne représente nullement la mentalité sudiste !

Récapitulons les implications légales de ce qui a été dit ci-dessus :

L’égalité en droit, c'est-à-dire le droit des citoyens français d’être égaux devant la loi française, et cela sans distinction d’origine, est un droit fondamental et constitutif, tant dans la jurisprudence française qu’européenne. Ce principe, un pilier de notre démocratie, est violé par l’exception à la loi 521-1 accordant aux taurins le droit de commettre des actes pénaux en seul raison de leurs origines ethniques et géographiques.

Nous sommes face à une jurisprudence manifestement anticonstitutionnelle, et donc illégale, qui est pourtant restée incontestée pendant des dizaines d’années.

Comment a-t-on pu en arriver là  et pourquoi nos gouvernants tolèrent-t-il de telles outrances sur le territoire français ?

La raison évoquée par l’autorité officielle pour expliquer sa complaisance honteuse avec des actes pénaux est la peur des mouvements extrémistes dans les provinces du Sud de la France. Pierre Giacometti, conseiller de Nicolas Sarkozy, a très clairement définit sa crainte dans un article apparu dans le journal espagnol ABC.es. Il y affirme que l’abolition de la corrida serait « une bombe politique » pouvant menr à « la formation des partis extrémistes ».

Manifestement le gouvernement, considérant les taurins comme des extrémistes potentiels, préfère les laisser à leur petite délinquance plutôt que de risquer des actes de terrorisme dans les provinces du Sud. Cette attitude, que les représentants du gouvernement qualifient sans doute de « pragmatique », dévoile tout le mépris que le gouvernement peut avoir pour ses citoyens provinciaux. La volonté et les droits de toute la population sudiste sont balayés avec un cynisme à couper le souffle. On se rappellera les promesses du président actuel lors de la campagne d’élection et la grandiloquence avec laquelle il se disait intransigeant par rapport à la criminalité et se prétendait solidaire des victimes…..

Qui plus est, la panique du gouvernement par rapport au danger potentiel que présentent les taurins est probablement exagérée. Certes, ce sont des gens fielleux qui aiment la violence, mais ces ayatollahs des arènes vivent leurs pulsions sadiques par l’intermédiaire du torero. Chaque personne qui connait le milieu taurin sait que ces héros des gradins sont d’une lâcheté exceptionnelle (à un point où on pourrait se demander si la lâcheté ne constitue pas une prédisposition indispensable pour devenir aficionado) et beaucoup trop opportunistes pour risquer la prison pour la défense de leur « cause ».

Plus important encore : ils n’ont aucun soutien dans la population, qui ne demande qu’à être débarrassée de cette secte sanglante et ne serait certainement pas prête à couvrir des terroristes taurins. Dans de telles conditions, et même si on estime qu’une politique de complaisance envers des extrémistes potentiels est la bonne stratégie pour éviter une escalade de violence, (hypothèse qui me paraît extrêmement douteux), la complicité du gouvernement avec la délinquance taurine ne semble guère défendable.

Il y a beau avoir une longue tradition de piraterie en Somalie, de contrebande en Cornwall, de violence contre femmes dans certains pays arabes et de violence contre animaux en Espagne. Soit. Personne ne le conteste. Mais arrêtons de dire qu’un pirate est le trésorier de la culture somalienne, un contrebandier le défenseur de la liberté anglaise, un meurtrier taliban le représentant de la foi musulmane et le matador le noble guerrier de la tradition méditerranéenne. C’est du pipeau, tout cela. Toutes proportions gardées, le matador qui invoque sa tradition pour torturer un taureau se sert exactement de la même démagogie fondamentaliste qu’un taliban qui se réfère à sa tradition pour tuer sa femme infidèle. Ce n’est pas un vaillant défendeur de notre patrimoine ethnique - c’est un délinquant, qui, si la loi était correctement appliquée, serait en prison.

Encore une foi en toute clarté : La tradition d’un crime ou d’un délit n’est pas une raison recevable pour annuler la loi qui le condamne. Tout crime et tout délit ont une longue tradition, et tout le sens de notre Code Pénal est justement de rompre avec ce genre de « tradition », qui, en réalité, n’est rien d’autre que la transmission de la délinquance. Si on voulait tolérer des infractions sous prétexte qu’elles ont déjà été commises dans le passé, on devrait illico jeter notre Code Pénal dans la poubelle et retrouver la loi de la jungle - qui, nous le savons, a une longue tradition, elle aussi.

Arrêtons donc, une fois pour toutes, de nous laisser berner par le discours intégriste qui se sert de la tradition pour camoufler des actes pénaux. Commençons enfin à appeler un chat un chat, et à clairement voir les protagonistes de la corrida pour ce qu’ils sont et ont toujours été : des gens qui, sur 90% du territoire français et dans l’ensemble du monde civilisé, sont considérés comme des  délinquants - et rien que cela.

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